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Marioupol

 Les portes ne tiennent plus debout. Des pas hésitant traversent des portes qui ne tiennent plus debout. Des portes hésitent à s'effondrer sur les passants qui tiennent encore le coup. Les portes ne portent plus rien, même pas la lumière du jour. Ni même le son des cris et des pleurs. Les fenêtres n'ont pas tenu le coup de feu. La lumière hésite encore. Son pas tiendra-t-il dans la folie des nuages ? Les fenêtres sont aveugles et pourtant voient bien le malheur entrer dans la ville. Les murs ont délaissé les portes, les fenêtres. Ont délaissé le pas des vivants fuyant. Les murs aussi sont des victimes. Les murs en viennent à détester leur destin et même devenus gravats continuent à plaindre les survivants et à s'excuser d'ensevelir des corps.

Ukraine

  j’observe  j’essaye de comprendre ce futur  que tracent les oiseaux dans un ciel aussi chargé * la folie d'un seul homme  de quelle secrète enfance  a-t-il souffert ? alors le bien prédit s'est abattu  sur un pays martyr  * la survie n'est pas vivre au-dessus  ni vivre mieux la survie cette forme de  sous-vie

des mots

Des mots j'en connais. Des mots des noms j'en ai pleins. Des que j'ai appris de la bouche de mes parents. Des que j'ai retenus par cœur à l'école. Des que j'ai découverts dans le dictionnaire. Des que j'ai devinés dans les mots croisés. Des qui viennent d'autres pays. Des qui ont été prononcés à la télévision ou bien chantés à la radio ou bien écrits dans les journaux. Des que j'ai lus. J'en ai pleins qui viennent de livres. D'autres de l'internet. Des qui ont été joués au cinéma, déclamés au théâtre. Des qui ont été tagués sur les murs. D'autres sur des affiches déchirées ou des panneaux lumineux. Des mots sanglots longs, des mots fureur et mystère, des mots qui nourrissent et qui apaisent... Des mots tordus et des mots doux.  Des mots des noms j'en connais pleins. J'en ai même façonné. Des mots, des noms, nom de nom que oui j'en connais. Mon cerveau est rempli de mots. On ne se débarrasse pas des mots comme ça. Les mots ...

énergie

qu'il en soit pour le soleil comme il en est pour tous ces noms qu'on grave sur la pierre mortuaire immortelle, qu'il demeure en nous plus qu'un souvenir, une énergie.

Éphémère

dans l'enfermement d'une promesse faite à toi-même  tu ne disais pas l'éphémère de peur qu'il s'éternise  au moment d'écrire ces mots un oiseau s'est envolé 

rien

Il ne se passe rien. Alors écrire ce qui ne se passe pas. Le corps se traîne au rythme lent des heures qui passent. L’énergie est notre avenir, économisons-la, entend-on à la radio. Mon énergie à moi est restée avec mon passé, bien accrochée à un porte-manteau de vestiaire. Les ronces ont déjà entamé l’ascension vers mon cerveau. Je me laisse porter par l’escalator des habitudes du quotidien. Rien n’avance. Pas même l’envie d’avancer. Rien ne se passe à part le temps. Le temps qui passe et qui pèse. Qui pousse et qui presse. Qui repousse tout espoir de s’en affranchir. Je ne crois plus en la renaissance des horizons. Il ne se passe rien. Je n’en suis pas fier. Tout juste bon à observer les corneilles dans l’arbre devant la fenêtre. Las de tant d’automnes à voir les feuilles tomber et les fossés se remplir. Las de tant d’hivers sans neige et leur terre lourde au pas. Las de tant de jours refermés sans avoir été vraiment ouverts. Je le sais, il n’y a aucun romantisme dans l...

Imagine petit

L’imagination anime l’âme. L’âme s’enrichit des images de l’imaginaire qui lui s’enrichit de l’âme. Mais les humains ont-ils une âme derrière leur inconséquence ? Les animaux ont-ils une âme d’enfant ? Peuvent-ils même imaginer avoir une âme ? Imaginons une âme aux animaux comme aux humains. Imagine petit L’imagination anime l’art. L’imagination réussit à peindre l’absence.A sculpter les cinq sens. L’imagination est dans la couleur et la musique. Elle transporte des poèmes dans son panier de mots. Dessine des vides en appel de phrases. L’imagination est le sac-à-dos du poète. Imagine petit L’art aime l’imagination. Pour l’art, l’imagination est une mine d’or. Mais l’argent dessert l’art, comme il pollue l’âme. L’argent ne sert pas l’imagination. L’imagination s’approche de l’abandon de l’âme, et l’art aime l’abandon de soi. Mais l’égo dessert l’art, comme il pollue l’âme. Imagine petit L’imagination aime le ciel. Et le ciel n’est pas ce vide ennuagé. L’imagination y transporte le regar...